Le verlan, la non-langue

Immagine

Le verlan est un dérivé de l’argot qui existe depuis longtemps, plusieurs dizaines d’années. C’est un langage oral, mais on peut néanmoins l’écrire à condition d’avoir quelques connaissances de  base. Ce dialecte est particulièrement à la mode chez les 8-24 ans.

Le verlan est la non-langue, source de fierté et de plaisir mais aussi d’angoisse pour ceux qui la parlent. Méprisé par certains, exploité par d’autres, le verlan, à l’image de ses locuteurs, est ambigu, parfois violent parfois amusant et très vivace ; c’est la langue miroir dans laquelle se reflètent les multiples tensions de la société, la diversité des références des verlanisants.  Les mots de verlan les plus connus, grâce aux médias, chansons, films, bandes dessinées, sont sans doute keum, keuf, meuf, ripou, chetron, chébran, chelou, béton, tromé. Le mécanisme de cryptage employé dans le cas de ripou, chébran, tromé et béton, paraît clair ; il suffit de décomposer le mot en deux syllabes et d’en inverser l’ordre. Cependant le découpage qu’opère le verlan ne correspond pas toujours au découpage syllabique traditionnel.  Il faut donc partir d’une analyse de la syllabe et du mot en français parlé populaire  (de la région parisienne).

Immagine

Le verlan, est-ce encore du français? Le fait qu’on puisse poser cette question montre que le verlan, bien que très connu de nos jours, peut continuer à s’attribuer l’appellation « langage secret ».  Les jeunes beurs prononcent des phrases telles que « c’est mon deuxième langage » ou bien « c’est une langue que je n’aime pas ». Qu’on puisse en parler de cette façon indique que le statut du verlan est assez complexe. Est-ce que le verlan possède ses structures phonologiques et grammaticales propres aussi bien que son lexique ?    On est tenté de répondre bien sûr que non ; pourtant on trouve, à tous les niveaux, des différences importantes qui confèrent au verlan son étrangeté et augmentent son attrait.

L’absence de liaison devant un mot en verlan commençant par une voyelle, compensée souvent par un coup de glotte, donne une qualité plus hachée au discours. Au niveau grammatical, certains marqueurs se trouvent en tant qu’infixés au lieu de suffixes. Le marqueur du féminin se trouve à l’intérieur du mot. Qui parle le verlan ? Si le verlan continue à être parlé par ce qu’il est convenu d’appeler la pègre, il a fait également une percée remarquable jusqu’aux grands lycées parisiens, en passant par les cités, les bandes de petits délinquants et les collégiens. Le verlan des bandes de jeunes, plus ou moins marginaux a comme point de départ un vocabulaire déjà argotique et incorpore un certain nombre de termes techniques concernant des activités clandestines, ce qui lui permet de rester en partie hermétique.

Ce verlan-là a largement pénétré le parler des collégiens qui singent la marginalité. Finalement, il existe aussi un verlan édulcoré à l’usage des femmes, des enfants et des médias, où le cryptage se fait à partir de la langue standard, mais n’est pas pour autant immédiatement compréhensible à ceux qui n’ont pas une pratique quotidienne. Si le verlan n’est plus un langage totalement mystérieux il reste hermétique à des non-initiés et procure ainsi à ses locuteurs la possibilité de parler de sujets tabous en public tout en atténuant l’agressivité de leurs propos.

Mais le verlan, même édulcoré, a ses limites ; on ne peut pas l’utiliser pour tout dire.  Parler verlan c’est aussi tenter de « récupérer » cette jeunesse marginale où le verlan trouve ses racines. Le verlan représente donc une culture dont ils sont fiers, la culture de la rue, la télévision, la musique, les casses, la drogue, la débrouillardise et la parole impertinente.   Le verlan et le français sont des langues pour parler avec les autres ; le verlan avec les copains de langue maternelle, le français avec ceux qu’on ne connaît pas. Le verlan sert donc de signe d’identification entre jeunes des cités et plus particulièrement, pour certains, d’identification au groupe des beurs. Le verlan, en tant que non-langue, leur permet de rester un certain temps indéterminés quant à leur appartenance culturelle dominante. II faut dans la langue, tout comme dans la vie, des espaces de liberté : le verlan en est un.

Immagine

Malgré son enracinement tenace à l’époque actuelle, son existence est fragile ; il peut disparaître, non sans laisser de traces sans doute, pour céder la place à une nouvelle variété de langage. Comme pour toute forme de langage, les fortunes du verlan épousent les fortunes de ceux qui le parlent.

Aujourd’hui, le verlan doit son succès auprès d’une bonne partie de la jeunesse au fait qu’il symbolise un certain nombre de petites et de grandes ruptures entre jeunes et moins jeunes, sages et moins sages, marginaux et conformistes, et pour beaucoup, entre français. Son avenir dépend de sa capacité à survivre aux tentatives de l’utiliser pour gommer l’existence de ces mêmes ruptures.

Immagine                                                                                                                                                                                                Cristina Calvano

Annunci

Rispondi

Inserisci i tuoi dati qui sotto o clicca su un'icona per effettuare l'accesso:

Logo WordPress.com

Stai commentando usando il tuo account WordPress.com. Chiudi sessione / Modifica )

Foto Twitter

Stai commentando usando il tuo account Twitter. Chiudi sessione / Modifica )

Foto di Facebook

Stai commentando usando il tuo account Facebook. Chiudi sessione / Modifica )

Google+ photo

Stai commentando usando il tuo account Google+. Chiudi sessione / Modifica )

Connessione a %s...